Le pirate aux mille visages

Posted By on August 14, 2019

Comme il le raconte en interview, Matsumoto était encore enfant lorsqu’il imagina le nom “Harlock”, sans se douter qu’il s’agissait d’un véritable patronyme dans les pays germaniques. Après cette révélation, il commencera à utiliser le nom Harlock de manière récurrente pour différents personnages. Voici donc une liste des différents personnages explicitement nommés Harlock qui parsèment l’œuvre du mangaka. Celle-ci n’est pas exhaustive, et sera amenée à être complétée au fur et à mesure que nous découvrons de nouveaux membres de cette lignée au hasard des mangas du Leijiverse…

Nous avons fait le choix de nous arrêter à l’année 1977, qui voit le début de la publication de Capitaine Albator, le Pirate de l’Espace et donc l’entrée en scène du personnage sous sa forme “finale”, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

 

Phantom Harlock (Tômin Wakusei, septembre 1968)

Le premier personnage nommé Harlock à apparaître dans un manga de Leiji Matsumoto (à notre connaissance) est l’un des protagonistes de l’histoire courte Tômin Wakusei (“La planète de l’hibernation”, incluse dans le recueil Kasei Reijô). Non seulement il porte déjà le nom Phantom Harlock, il voyage également à travers le cosmos avec un japonais binoclard, qui ne se nomme toutefois pas Ôyama mais Mori. Le duo arrive sur une mystérieuse demi-planète où ils découvrent (bien évidemment) une plantureuse jeune femme…

Avec son menton carré et sa mèche qui lui couvre un œil, ce Phantom Harlock a déjà tout du héros.

 


KASEI REIJO © 1984 Leiji MATSUMOTO / Asahi Shimbun Publishing

 

Doctor Harlock (Kôsoku Esper, novembre 1968)

L’affreux Doctor Harlock, ancien commandant de la patrouille du système solaire bien décidé à se venger de la Terre, est l’un des premiers adversaires de Kôsoku Esper. Il n’apparaît que dans une seule histoire, avec son armée de tanks. Notons que Doctor Harlock se montre un peu plus malin que la moyenne des ennemis d’Esper puisqu’il tentera de capturer le héros avant de lancer son plan de domination du monde. Mais ce ne sera pas suffisant pour l’empêcher de connaître une défaite cuisante…

 


KOSOKU ESPER © 2013 Leiji MATSUMOTO / Shogakukan Inc.

 

Walter von Harlock (Pilot 262, 1969)

Pilot 262 marque la première apparition d’un Harlock en tant que pilote de la Luftwaffe pendant la Second Guerre Mondiale, aux commandes d’un Messerschmitt Me 262 Schwalbe (“hirondelle” en allemand). Sa route croise bientôt celle d’un OVNI piloté par une mystérieuse femme, peut-être venue d’une autre planète… Cette histoire a récemment été republiée dans le recueil Battlefield Manga Chronicle.

 


BATTLEFIELD MANGA CHRONICLE © 2015 Leiji MATSUMOTO / Shogakukan Inc.

 

Phantomhunt Harlock (Dai-Kaizoku Captain Harlock, 1970)

Avec Dai-Kaizoku Captain Harlock, Harlock embrasse pour la première fois la carrière de pirate de l’espace. Il se prénomme cette fois-ci Phantomhunt, et commande le vaisseau spatial Death Shadow, à bord duquel se trouve également sa femme Françoise. Il recueille un jeune homme nommé Sado afin d’en faire son successeur, car Harlock, qui vit dans la honte depuis que les forces terriennes l’ont castré, n’attend qu’une occasion de mourir héroïquement afin de laver son honneur… Au terme du récit, Harlock se sacrifie, et Sado hérite de son nom, de son vaisseau, et même de Françoise ! Cette histoire a récemment été republiée dans l’artbook Matsumoto Leiji no Rei-jigen Mangayakata.

 


DAI-KAIZOKU CAPTAIN HARLOCK © 2014 Leiji MATSUMOTO / Gakken Publishing

 

Harlock (Akuma Hakase Kyôfu no Nô Kaizô, 1971)

Je n’ai pas énormément d’informations sur ce récit dont le titre peut se traduire par “La lobotomie effroyable du docteur diabolique” (tout un programme). Il n’a, à ma connaissance, jamais été réédité, et est donc entouré de mystère. D’après les informations que j’ai pu glaner sur des blogs japonais, Harlock y serait le nom d’un étudiant en médecine allemand assassiné au cours de l’histoire.

 

Walter Foray Harlock (Shishunki 100 Man-nen, mai 1972)

Le manga Shishunki 100 Man-nen (“1 million d’années de puberté”) voit son jeune protagoniste Adachi vivre une existence différente à chaque fois qu’il s’endort. L’une de ces incarnations est Walter Foray Harlock, un pistolero d’origine allemande à l’époque du Far West. Cette version de Harlock possède plutôt l’apparence typique de Tochirô : c’est peut-être ce qui inspirera à Matsumoto l’idée d’en faire deux personnages distincts dans Gun Frontier, quelques mois plus tard !

 


SHISHUNKI 100 MAN-NEN © 1983 Leiji MATSUMOTO / Asahi Sonorama

 

Franklin Harlock Jr., dit “le Westerner” (Gun Frontier, novembre 1972)

Après de multiples apparitions dans des histoires courtes, c’est avec Gun Frontier que Harlock joue pour la première fois un rôle de premier plan dans une série. Il est le compagnon de route de Tochirô, les deux comparses étant bientôt rejoints par la belle Shinunora. Le trio traverse l’Ouest sauvage en quête des survivants de Yellow Creek, une communauté japonaise décimée par la cavalerie. Franklin Harlock Jr. est un as de la gâchette mais ne se distingue pas par son courage, préférant souvent passer son temps sous les draps avec Shinunora (qui sera d’ailleurs enceinte de lui à la fin du manga) pendant que Tochirô manque de se faire tuer par tout ce que le Far West compte de desperados.

Matsumoto développera par la suite les origines de cette version de Harlock, et en fera un personnage un peu plus vaillant : il s’agirait d’un ancien pirate ayant écumé les mers, qui aurait rencontré Tochirô (alors appelé Seishirô) au Japon avant de partir avec lui en Amérique. Cette première rencontre est notamment dépeinte dans Capitaine Albator ~ Dimension Voyage.

 


GUN FRONTIER © 1999 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

 

W.C. Harlock (Gunman wa Yûhi ni Shinda, 1973)

Cette histoire, dont le titre peut se traduire par “Un pistolero est mort au crépuscule”, est le troisième chapitre de la série Kingan Jinrui Shishû (“La saga de l’humanité myope”), incluse dans le recueil du même nom. W.C. Harlock y est l’exemple typique du nabot au physique ingrat cher à Matsumoto. Pour prouver sa valeur (et surtout plaire aux dames), il défiera en duel l’as de la gâchette S.M. Ozology.

 


KINGAN JINRUI SHISHU © 1983 Leiji MATSUMOTO / Asahi Sonorama

 

Phantom F. Harlock (Uchûsen Kibō 8-Gô no Kikan, 1973)

Un Phantom F. Harlock apparaît dans “Le retour du vaisseau spatial Espoir n°8”, la sixième et dernière histoire de la série Kingan Jinrui Shishû. Pour une fois, il n’est pas pilote mais ingénieur, et travaille sous le commandement du capitaine Yamashita, un clone de Tochirô. Lorsque le vaisseau Espoir n°8 revient enfin sur Terre, c’est pour découvrir un futur dans lequel l’humanité est devenue une race de gollums macrocéphales, chauves et binoclards. Harlock révèle alors la terrible vérité : après avoir passé le voyage à fixer des cadrans, il est lui même devenu myope comme une taupe !

 


KINGAN JINRUI SHISHU © 1983 Leiji MATSUMOTO / Asahi Sonorama

 

Phantom F. Harlock (Stanley no Majo, novembre 1973)

Le pilote de biplan Phantom F. Harlock ne fait qu’une courte apparition au début du récit Stanley no Majo, inclus notamment dans l’anthologie The Cockpit. Ce récit deviendra la séquence d’introduction du film L’Arcadia de ma Jeunesse. À bord de son avion nommé Arcadia, Harlock tente de franchir la chaîne de montagne Owen Stanley en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il tirera de son duel avec la sorcière de la montagne un livre, alors titré “La sorcière de Stanley”, mais qui sera plus tard rebaptisé “L’Arcadia de ma Jeunesse”.

Il est peut-être le fils ou petit-fils de Franklin Harlock Jr. de Gun Frontier, ce qui expliquerait le “F.” de son nom.

 


STANLEY NO MAJO © 2010 Leiji MATSUMOTO / Shogakukan Inc.

 

Phantom F. Harlock refera une apparition dans un autre récit de Matsumoto publié en 1975 : Les hommes-oiseaux du Kilimandjaro, inclus dans le recueil 24 histoires d’un temps lointain. Même s’il y pilote un biplan noir et non son fidèle Arcadia, il reste très identifiable grâce à son casque frappé d’une croix blanche. Commandant la redoutable escadrille noire, il se retrouve mêlé à une bataille aérienne au-dessus du Kilimandjaro et y fait la connaissance du pilote japonais Tarô Izaka, qui parvient à l’abattre et gagne ainsi son respect.

 


KAERAZARU TOKI NO MONOGATARI © 1998 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

 

Harlock (Wadachi, 1973-1974)

Ne vous fiez pas à ses airs de chien battu : ce Harlock-ci est un être retors et manipulateur. Apparaissant vers la fin des (més)aventures de Wadachi, c’est un androïde vivant à bord d’un vaisseau spatial en orbite de la Grande Terre. Sa mission consiste à découvrir comment désactiver les défenses mises en place par le Dr. Sado sur la planète, afin de permettre un débarquement des Nouvelles Nations Unies. Celles-ci tentent en effet de contester au Japon la domination de ce nouveau monde.

 


WADACHI © 1999 Leiji MATSUMOTO / Shogakukan Inc.

 

Harlock (Cosmoship Yamato, 1974)

Le mystérieux pirate Harlock de Cosmoship Yamato n’apparaît jamais à visage découvert. Tel un fantôme, il reste dissimulé sous un sinistre drap noir marqué de la tête de mort et commande un vaisseau au nom funèbre de Deathshadow, “l’Ombre de la Mort”. Il s’agit en réalité de Mamoru Kodai, le frère porté disparu du héros Susumu : le malheureux et son équipage ont été lourdement irradiés et brûlés au cours de leurs batailles contre les Garmillas, et Harlock / Mamoru n’osera pas révéler à son frère qui il est réellement… Nous parlons plus en détail de cette version du personnage dans cet article.

Matsumoto souhaitait faire apparaître cette version de Harlock dans la série animée Uchû Senkan Yamato, mais dut y renoncer lorsque la série fut raccourcie. C’est peut-être un mal pour un bien : Matsumoto ayant été écarté de Yamato après des années de luttes juridiques, il aurait peut-être aussi perdu les droits sur son personnage fétiche !

 


COSMOSHIP YAMATO © 1975 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

 

Harlock (Technologirus, mars 1975)

Un autre Harlock couturé de cicatrices apparaît dans les 24 histoires d’un temps lointain, dans le récit Technologirus. Il y joue le rôle d’un résistant contre les machines. Mais après des années de lutte, il a lui-même dû faire mécaniser une grande partie de son corps, et ne se considère plus digne de guider la renaissance de l’espèce humaine. Il confie donc cette tâche à S-3, un humain échappé de Technologirus, la cité de la mécanisation. Il lui ordonne également de faire beaucoup d’enfants avec la belle Miraï, qui semble pourtant être sa compagne ! On retrouve ici les échos de Dai-Kaizoku Captain Harlock

 


KAERAZARU TOKI NO MONOGATARI © 1998 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

 

Harlock (Queen Emeraldas, mai 1975)

Cette histoire courte de 1975, incluse dans l’intégrale Queen Emeraldas, se déroule dans un contexte steampunk, où des pirates de l’air s’affrontent à bord de zeppelins, un peu comme dans le jeu video Crimson Skies. Harlock y commande le dirigeable Death Herlock (à l’équipage exclusivement masculin, dont Yattaran), et y affronte Emeraldas (et son équipage exclusivement féminin) pour le contrôle d’une carte au trésor.

Harlock a ici son bandeau sur l’œil gauche, et sa tenue blanche arborant un crâne noir renvoie directement à celle du capitaine Kingston des Chroniques Aventureuses, souvent considéré comme le premier “prototype” de Harlock dans l’œuvre de Matsumoto. Ce n’est peut-être pas un hasard si la carte au trésor ressemble elle aussi étrangement à celle des Chroniques

 


QUEEN EMERALDAS © 2009 Leiji MATSUMOTO / Kodansha Ltd.

 

Harlock (Diver Zero, septembre 1975)

Le capitaine Harlock qui apparaît dans Diver Zero est la synthèse de ses incarnations précédentes : comme dans Dai-Kaizoku Captain Harlock ou Cosmoship Yamato, c’est un pirate de l’espace qui commande le vaisseau Deathshadow. Comme dans Technologirus, son corps couvert de cicatrices est en partie mécanisé. Comme dans l’histoire courte Queen Emeraldas, son équipage compte dans ses rangs Yattaran, ici rejoint par la première version de Miime. Par ailleurs, le capitaine ne tarde pas à arborer également sa célèbre cape. Bref, le Harlock qui affrontera bientôt les Sylvidres n’est plus très loin.

Harlock a dans ce manga un simple rôle de mentor, prenant sous son aile le jeune et impétueux androïde Zero. Ce dernier réapparaîtra des années plus tard dans Dimension Voyage où il est devenu le protecteur de Mayu, la fille de Tochirô.

 


KAERAZARU TOKI NO MONOGATARI © 1998 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

 

Harlock (Deathshadow, le Cuirassé de l’Espace, novembre 1975)

Un Harlock pirate de l’espace apparaît dans l’histoire courte Deathshadow, le Cuirassé de l’Espace, elle aussi incluse dans le recueil 24 histoires d’un temps lointain. L’intrigue évoque une déclinaison spatiale du récit Queen Emeraldas évoqué ci-dessus : Harlock y affronte un peuple de femmes à bord de son vaisseau à l’équipage masculin, préfigurant également le combat contre les Sylvidres qui sera deux ans plus tard au cœur de Capitaine Albator, le Pirate de l’Espace.

Cette version de Harlock est très proche du personnage que l’on connaît aujourd’hui, à la différence que son bandeau est sur son œil gauche, et non sur le droit, un autre point commun avec le Harlock de Queen Emeraldas.

 


KAERAZARU TOKI NO MONOGATARI © 1998 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

 

Phantom F. Harlock II (Waga Seishun no Arcadia, 1976)

Phantom F. Harlock II est clairement identifié comme étant le fils du protagoniste de Stanley no Majo, auquel il fait explicitement référence. Pilote de la Luftwaffe durant la Seconde Guerre Mondiale, il se lie d’amitié avec un ingénieur japonais, et tous deux décident de déserter en Suisse. Ce manga sera adapté sous forme de flashback dans le film L’Arcadia de ma Jeunesse, qui lui empruntera également son nom. Dans le manga d’origine de Matsumoto, l’ami japonais de Harlock n’est pas Toshirô Ôyama, mais un certain Daiba (autre patronyme récurrent du Leijiverse). Le manga va également plus loin, puisqu’on y voit le fils de Daiba rendre visite à un Harlock vieux et désormais aveugle. On découvre par la même occasion que Harlock a lui-même une fille, Sélène.

Cet article explore plus en détail les différences entre le film L’Arcadia de ma Jeunesse et les mangas l’ayant inspiré.

 


WAGA SEISHUN NO ARCADIA © 2010 Leiji MATSUMOTO / Shogakukan Inc.

 


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