Quand Leiji recycle

Posted By on May 18, 2016

Dans les années soixante-dix, Leiji Matsumoto est l’un des mangakas les plus en vogue. À cette époque, son âge d’or, il travaille comme un forcené, produisant une quantité de planches hallucinante et publiant des dizaines de mangas dans de multiples magazines, souvent en parallèle. Cette productivité s’explique en partie par une imagination foisonnante mais aussi par une détermination à subvenir aux besoins de sa famille grâce à son art. Lorsque Matsumoto commence sa carrière de mangaka professionnel à la fin des années cinquante, le clan vit en effet dans la pauvreté. L’argent gagné par Akira grâce au manga profite à tous, en payant par exemple les études de son jeune frère Susumu, qui deviendra par la suite un ingénieur naval réputé. Akira retrousse donc ses manches et dessine, dessine, dessine, tous azimuts…

Reste toutefois à tenir la cadence, qui devient d’autant plus infernale lorsque Matsumoto met également un pied dans le monde de l’animation en 1974 avec Uchû Senkan Yamato. Pour y parvenir, Matsumoto va développer des techniques lui permettant de gagner du temps, par exemple avec des décors minimalistes constitués principalement de grands aplats noirs ou blancs…

technique_fondnoirQUEEN EMERALDAS © 2009 Leiji MATSUMOTO / Kodansha Ltd.

 

Il recycle également des thématiques sur plusieurs histoires, vendues à plusieurs magazines ou éditeurs : Sexaroid donnera ainsi Mystery Eve et Machinners City. Ganso Dai-Yojôhan Dai-Monogatari, Otoko Oidon et Seibonjinden forment la “trilogie des Quatre Tatamis et Demi”, trois œuvres partageant le même point de départ mais destinées à des publics différents (et auxquelles on peut rattacher d’autres mangas très similaires, comme Demodo Shain-Den, Hiruandon, ou Dai Furin-Den.) L’univers western de Gun Frontier sera revisité quelques années plus tard dans Ôkusabara no Chîsana Yojôhan… Et ainsi de suite.

Né d’une nécessité économique, ce recyclage de thèmes, de lieux, et de personnages, deviendra part intégrante de son imaginaire, grâce à la notion de toki no wa, la “boucle du temps”. Mais parfois, Matsumoto recycle aussi des dessins, en particulier des décors et vaisseaux. Par exemple voilà trois planches tirées respectivement de Kôsoku Esper (1970), de l’histoire Machine Dôji (1970) incluse dans le recueil Mi Fukkoku SF Sakuhin-Shû, et de Cosmoship Yamato (1974) :

 

Même si on note de petites différences d’une planche à l’autre (carlingue du vaisseau plus ou moins détaillée, etc.), il est indéniable que Matsumoto s’est auto-recopié, sans aucun doute dans le but de tenir les délais de publication. Mais attention, on parle bien ici de quelques planches parmi des milliers. Et même lorsque Leiji recycle des idées sur plusieurs mangas, il parvient toujours à donner à chacun d’entre eux une identité propre.


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