De Jirel à Emeraldas

Posted By on December 2, 2014

“Elle était aussi grande que la plupart d’entre eux et aussi féroce que les plus sauvages. Le visage qui sortait de sa cotte de mailles n’aurait peut-être pas été joli sous une coiffure féminine, mais encadré de son armure d’acier, il possédait une beauté cinglante comme le fil d’une épée, aussi tranchante qu’une lame. Les cheveux roux étaient courts sur sa tête altière et dans la lueur dorée de ses yeux étincelait la rage, comme dans un creuset étincelle le métal en fusion.”

(Le baiser du dieu noir, C.L. Moore, 1934*)

“Elle se tenait droite, libre, sur les dalles ensanglantées : une jeune femme mince, élancée, fine comme une épée, la flamme de sa chevelure rousse rivalisant avec l’éclat de ses yeux dorés. La noble guerrière de Joiry était une créature intrinsèquement paradoxale, brûlante comme un charbon ardent et froide comme l’acier, un corps de satin et une âme de fer. Si le dessin de son menton était vigoureux, sa bouche trahissait une tendresse qu’elle n’aurait avouée à aucun prix.”

(Jirel face à la magie, C.L. Moore, 1935*)

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En 1973 et 1974, Leiji Matsumoto illustre les nouvelles de Catherine Lucille Moore mettant en scène Jirel de Joiry pour le compte de l’éditeur Hayakawa. En 1975, il créé Emeraldas. Bien que Jirel et Emeraldas n’aient pas du tout le même arc narratif ni la même personnalité, il semble évident que la rousse indomptable de Moore a, au moins en partie, inspiré celle de Matsumoto, tout comme la Marianne de Julien Duvivier a suscité Maetel.

Jirel comme Emeraldas sont toutes deux sont de fières guerrières caractérisées par leur peau blanche comme le lait et leurs chevelure de feu. Refusant de se soumettre à la domination des hommes, elles sont pourtant hantées par un amour perdu (d’autant plus tragique chez Jirel qu’elle est directement responsable de sa mort). Mais alors que Jirel est une femme passionnée, facilement dominée par la colère et la haine (au point de commettre d’irréparables erreurs), mais inspirant une loyauté sans faille chez ses hommes, Emeraldas est au contraire une âme solitaire, taciturne et mélancolique, mue par une détermination froide et un ultime objectif qu’elle garde secret…


QUEEN EMERALDAS © 2009 Leiji MATSUMOTO / Kodansha Ltd.

*Traduction française par Georges H. Gallet et Sophie Collombet © Éditions Gallimard, 2010


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