Le Mystère Féminin

Posted By on July 7, 2014

Quiconque a déjà lu une œuvre de Leiji Matsumoto connait sa fascination pour les femmes. Dans les histoires du maître, la femme est invariablement mystérieuse et ambiguë, tour à tour maternelle et perverse, séductrice et virginale, douce et indomptable, une dichotomie que l’on retrouve notamment dans le duo formé par les sœurs Maetel et Emeraldas.

Le ton plus adulte des récits contenus dans le recueil 24 Histoires d’un Temps Lointain offre à Matsumoto l’occasion d’aborder les relations entre hommes et femmes sous un angle plus caustique. Dans la plupart de ces histoires, en effet, la femme est l’élément perturbateur, la créature venue d’ailleurs qui vient bouleverser un univers masculin dont l’idéal de virilité semble confondant de niaiserie et d’immaturité. Les “héros” des 24 Histoires d’un Temps Lointain ont tendance à se laisser vivre, oisifs et insouciants, ne pensant le plus souvent qu’à la nourriture et au sexe. Les femmes, au contraire, ont des objectifs à long terme, qu’elles cherchent à accomplir en utilisant les hommes. Elles sont donc volontiers manipulatrices, usant de leurs charmes pour mettre les mâles à leur service.


KAERAZARU TOKI NO MONOGATARI © 1998 Leiji MATSUMOTO / Akita Publishing

Même lorsque Matsumoto dépeint des rapports forcés (en particulier dans les récits se déroulant à l’ère préhistorique et autres époques barbares), la femme en apparence soumise se révèle celle qui tire les ficelles. Est-ce à dire que les femmes ne sont que des intrigantes malfaisantes, des Mantes religieuses pour qui les hommes ne sont que des proies ? Non. Car à l’exception de quelques samouraïs inflexibles et idéalisés (et d’ailleurs asexués, à l’image d’Albator dans l’histoire Deathshadow, le Cuirassé de l’Espace), les hommes de Matsumoto sont souvent aussi veules que vils. A contrario, Matsumoto a une admiration manifeste pour la force et le courage de ces femmes qui portent en elles le futur de l’humanité, et qui sont prêtes, pour assurer cet avenir, à l’ultime sacrifice de leur corps et leur liberté…

Au fond, c’est la femme qui assure l’évolution de l’humanité à travers l’espace et le temps. L’homme, chez Matsumoto, n’est finalement qu’un mâle nécessaire !


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